Ils n’étaient ni élégants ni faits pour être entendus en bonne société, et les historiens se demandent aujourd’hui encore dans quelle mesure ils convenaient aux circonstances de l’époque. Mais le fait demeure : les discours prononcés par le général George Patton en temps de guerre ont contribué à faire de lui l’un des chefs militaires qui ont le mieux su motiver et inspirer leurs hommes dans l’histoire des États-Unis.
Aux heures les plus sombres de la Seconde Guerre mondiale, il galvanisait régulièrement ses troupes par des propos musclés à faire dresser les cheveux sur la tête. Et comme ses paroles faisaient mouche et inspiraient ses soldats !
Son discours le plus célèbre fut prononcé le 5 juin 1944, juste avant le débarquement de Normandie. Il fut si efficace que l’auteur Terry Brighton le qualifia de « plus grand discours de mobilisation de la guerre, et peut-être de tous les temps, surpassant (par son effet sur le moral, sinon comme œuvre littéraire) les paroles que Shakespeare prêta au roi Henri V à Azincourt ».1
Patton croyait en ses hommes et les inspira en conséquence. De fait, sous ses ordres, la Troisième Armée débarqua en Normandie, puis joua un rôle essentiel dans les derniers mois de la guerre. L’offensive rapide qu’il préconisa valut à la Troisième Armée de nombreux éloges.
Deux formes de parole
La paracha Haazinou est une sorte de chant du cygne, un poème saisissant récité par Moïse lors de son dernier jour sur terre. En voici les premiers mots :
Écoutez, ô cieux, et je parlerai ! Et que la terre entende les paroles de ma bouche !2
Moïse dit aux cieux qu’il leur « parlera ». Quant à la terre, elle entendra « les paroles » de sa bouche. Dans le texte hébreu original, les termes employés sont « dibour » pour le premier et « amira » pour le second.
D’une manière générale, le dibour est une forme de parole plus dure,3 plus « directe », tandis que l’amira est plus douce, plus diplomatique.4 Ainsi, Moïse parla aux cieux avec plus de dureté et de franchise, réservant à la terre une parole plus douce et bienveillante.
Pourquoi ?
Rabbi Yehochoua ben ‘Hanania et les sages athéniens
Pour comprendre ce point, faisons un détour afin d’examiner une énigmatique histoire talmudique.
Rabbi Yehochoua ben ‘Hanania fut l’un des plus éminents Sages ayant vécu en Israël sous la domination romaine, peu après la destruction du Second Temple. Lors d’une mission à Rome pour s’entretenir avec les autorités, il défia les savants d’Athènes devant l’empereur en affirmant : « Nous sommes plus sages qu’eux. » Le Talmud relate ensuite une succession complexe d’événements au terme de laquelle le rabbin parvint, par la ruse, à s’introduire dans l’académie athénienne et à se retrouver face à face avec les anciens de Grèce.
Un échange animé s’ensuivit, et l’un des savants athéniens posa à Rabbi Yehochoua ben ‘Hanania l’énigme suivante :
Dans le cas d’un certain homme qui va demander une femme en mariage et dont la famille refuse de la lui donner, pourquoi jugerait-il bon de s’adresser à une famille d’un rang plus élevé que la première ?
Rabbi Yehochoua prit une cheville et tenta de l’enfoncer dans la partie basse du mur, mais elle n’y pénétra pas. Il l’enfonça ensuite dans la partie haute du mur, et elle y pénétra.
Rabbi Yehochoua leur dit : « Ainsi en va-t-il de celui qui cherche une épouse. Peut-être trouvera-t-il la jeune fille qui lui est destinée. »5
Que signifie cette énigmatique histoire ?
Comment parler aux autres
Il est évident que tout ce débat était métaphorique. Selon l’une des interprétations proposées, il portait sur la conduite à adopter lorsque l’on voit quelqu’un faire ce qu’il ne devrait pas faire. Faut-il lui dire quelque chose ? Et si oui, quelle est la meilleure manière de s’y prendre ?
Intuitivement, la plupart des gens commencent par essayer une approche douce, sur un ton mesuré : ils vont trouver la personne en faute et tentent de l’amener à changer de conduite par des paroles bienveillantes et encourageantes.
Mais cela ne fonctionne pas toujours. Que faire alors ?
Les sages athéniens dirent : « Si vous essayez une première fois avec douceur et que cela ne fonctionne pas, inutile de recommencer. À quoi bon s’adresser à une autre famille si la première refuse ? Cela ne marchera pas. Laissez tomber. »
Mais Rabbi Yehochoua leur enseigna une profonde vérité au sujet de l’âme : une personne peut toujours s’améliorer. Vous pouvez vous adresser à ce qu’il y a de plus élevé en elle, à cette part que sa conduite actuelle recouvre.
Lorsque les habituelles paroles douces restent sans effet, il existe une autre possibilité : une personne sincère et sensible aux réalités spirituelles, capable de percevoir véritablement l’âme de l’autre, peut s’adresser à celle-ci avec force et sans détour. Ces paroles ne sont peut-être pas très « aimables ». Elles peuvent paraître dures. Mais cela en vaut la peine, car leur destinataire possède une part plus vraie, plus intacte, qui est capable de les entendre.
Les savants athéniens ne croyaient pas en l’existence de l’âme ; ils furent donc incrédules : si la cheville n’entre pas dans la brique du bas, elle n’entrera certainement pas plus haut dans le mur ! Mais Rabbi Yehochoua ben ‘Hanania connaissait la vérité. Il savait que, même lorsque la cheville ne trouve pas sa place sur l’échelon inférieur de l’échelle, on peut atteindre l’échelon le plus élevé et parler sans détour à la personne pour la ramener à la pureté de son être.
Il prit donc la cheville, la porta plus haut et voilà qu’elle entra !
Les cieux face à la terre
Cela explique notre verset : lorsque l’on s’adresse à quelqu’un sur le plan conventionnel, « terrestre », la douce et bienveillante « amira » est la voie à suivre. Mais si cela ne fonctionne pas, ne renoncez pas. Fouillez au fond de vous-même et trouvez cette pureté intérieure qui vous permet de percevoir l’âme pure de l’autre et de vous adresser à elle sur ce plan. C’est une forme de parole très différente. Ce discours peut s’adresser avec force à quelque chose qui paraît hors d’atteinte, mais l’âme peut l’entendre.
Il y aura toujours dans votre vie des personnes qui s’égareront hors du droit chemin. Ce peut être votre enfant, un bon ami ou un ancien élève. Comme ce serait merveilleux si une brève parole bienveillante et encourageante suffisait à les y ramener.
Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi. Parfois, des personnes que vous aimez font des choses complètement folles, et il est difficile de trouver des paroles qui sauront les toucher. C’est alors que vous devez fouiller en vous-même (oui, en vous-même, non en eux !) pour trouver leur âme. Lorsque vous parvenez à voir cette âme pure et lumineuse, vous trouvez des paroles de « dibour », un discours plus vrai et moins apprêté, capable de se frayer un chemin à travers la boue et de faire mouche.
Il suffit d’y croire. De croire qu’ils possèdent une âme rayonnante. Alors, allez-y : adressez-vous à elle.6
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