À manier avec précaution
Il circule beaucoup de mauvais conseils à cette époque de l’année. Des conseils dangereux. Internet en regorge. Votre synagogue aussi. Peut-être même votre rabbin préféré.
Écoutez, leurs intentions sont bonnes. Mais, souvent, ils n’ont absolument pas conscience des risques que cela comporte. Ce qui rend leurs conseils encore plus menaçants pour votre santé mentale et spirituelle.
« Les Jours du Jugement sont là », vous disent-ils. « Roch Hachana. Yom Kippour. Il est temps de faire le bilan de tout ce que vous avez fait de mal au cours de l’année écoulée et de prendre la résolution de ne plus jamais renouer avec vos errements. »
C’est absolument vrai. Absolument essentiel. Et tout aussi dangereux.
De tels conseils font merveille pour ceux qui sont spirituellement avancés. Mais pour nous autres, sans de sérieuses précautions, ce bilan peut se révéler franchement toxique. Voici pourquoi :
- Vous attarder sur les écarts de conduite de votre passé et sur les instincts primaires dont ils sont issus vous conduira à coup sûr à la dépression. Comprenez bien ceci, et sans la moindre ambiguïté : il y a la faute, il y a le mal, il y a l’enfer, et puis il y a la dépression. L’enfer, au moins, vous mène quelque part.
- En réfléchissant à la manière dont vous avez choisi de céder à ces pulsions et aux raisons pour lesquelles vous l’avez fait, vous éprouverez de nouveau l’excitation et le plaisir qu’elles vous avaient procurés. Ce qui ne fera qu’accroître la probabilité que vous recommenciez.
- Pire encore : vous pourriez tirer de ce bilan une conclusion sur vous-même. Vous vous diriez alors : « Qu’est-ce que j’étais pourri ! Qu’est-ce que j’étais ignoble ! J’imagine que je ne suis qu’un type vraiment pourri et ignoble, et que je le resterai toujours. »
Ce dernier danger est le coup fatal. Car il réduit à néant l’objectif même qui vous avait amené à entreprendre cet examen de conscience. Si vous faites ce bilan, c’est que vous regrettez déjà votre passé et que vous souhaitez le laisser derrière vous. Vous voulez que l’année qui vient soit une année de croissance et d’épanouissement de tout votre potentiel spirituel.
Rien qu’en vous engageant sur ce chemin, vous êtes déjà pardonné. D.ieu pardonne volontiers. Un seul instant de regret suffit pour être pardonné.
Mais vous recherchez davantage que le pardon. Ce bilan n’a pas pour objet le passé, ni le présent, mais l’avenir. Vous devez vous affranchir de votre passé. Vous devez changer. Changer intérieurement.
Or, voici que vous sabotez tout cela. Car la clé du changement intérieur est de changer l’idée que vous vous faites de vous-même. Mais si vous vous prenez pour un moins-que-rien, vous serez un moins-que-rien.
Si vous vous prenez pour un moins-que-rien, vous direz : « Pourquoi un D.ieu grand et parfait prêterait-Il attention aux prières d’un moins-que-rien comme moi ? Pourquoi voudrait-Il de mes mitsvot ? Pourquoi voudrait-Il avoir quoi que ce soit à faire avec moi ? »
« Servez D.ieu dans la joie. »1 Autrement, cela ne marchera pas.2 Oui, il fut un temps où les gens pouvaient absorber une bonne portion d’herbes amères tout en demeurant joyeux. Mais, comme l’a formulé le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie, nous n’avons aujourd’hui tout simplement pas la force de supporter l’amertume. Nous avons besoin d’inspiration, de motivation et de célébration. L’amertume a toujours sa place, mais seulement après que vous avez fait tourner à plein régime le moteur de la joie.3
En bref, votre bilan annuel risque non seulement d’être contre-productif, mais de vous conduire droit au désastre. À moins que…
Recherche et sauvetage
À moins que vous ne sachiez ce que vous cherchez. Et ce que vous cherchez, ce ne sont certainement pas vos fautes. Vous les trouverez — comme vous trouvez des amas de crasse mêlés de cheveux en débouchant des canalisations. Mais elles ne sont pas l’objet de votre recherche. Vous ne les trouverez que pour pouvoir les jeter — immédiatement.
Le véritable objet de votre recherche, c’est vous-même. Votre être véritable. Et vous ne pouvez le trouver qu’en retournant là-bas, en entreprenant un périple à travers tous les recoins de vous-même où votre être véritable s’est perdu.
Dans le jargon de la psychologie, vous procédez à un recadrage cognitif de la personne que vous étiez, afin de pouvoir aller de l’avant.
« Et tu chercheras l’Éternel ton D.ieu, de là-bas, et tu Le trouveras, parce que tu Le rechercheras de tout ton cœur et de toute ton âme. »4
C’est la première mention de la téchouva dans la Torah. La téchouva est trop souvent traduite par « repentir ». C’est une erreur. Le repentir signifie que vous êtes mauvais et que vous avez maintenant décidé de devenir bon. La téchouva signifie le retour. Le retour à votre être véritable et pur, celui qui ne change jamais. Car il est un souffle de D.ieu, qui ne change pas.
Cherchez là-bas, à travers la boue et l’obscurité de votre passé. Cherchez au-delà des actes et des paroles. Ils ne sont que des symptômes. On ne guérit pas en traitant des symptômes.
Cherchez là-bas, à travers les cavités de votre cœur où bouillonne le sang, au-delà de l’égoïsme insensible qui rendit ces choses possibles, au-delà de l’insensé qui se permit de croire qu’il était D.ieu et pouvait donc faire tout ce qui lui plaisait et piétiner quiconque se dressait sur son chemin, au-delà des dures murailles de pierre d’un cœur qui ne se souciait tout simplement de rien.
Cherchez là avec toute la foi de votre cœur et de votre âme, en disant : « Au plus profond de moi, je sais que je trouverai une âme pure. Je sais que lorsque j’ai fait ces choses, lorsque je me suis comporté ainsi, cette âme pure poussait des cris déchirants. J’ai entendu sa voix, mais je ne l’ai pas écoutée. J’ai plutôt écouté la voix d’une bête et je me suis laissé croire que cette bête était moi. »
« Mais je ne suis pas une bête. Je ne suis pas un moins-que-rien. Je suis un enfant innocent. Je suis une étincelle du divin. Et je trouverai cette âme pure au sein de ces ténèbres et je l’en délivrerai. »
La foi en vous-même
Ce n’est qu’une fois que vous avez foi en vous-même que vous pouvez vous regarder objectivement. Vous pouvez reconnaître vos défauts, car ils ne sont pas ce que vous êtes.
Ce n’est qu’une fois que vous avez foi en ce que vous êtes réellement que vous pouvez comprendre pourquoi ces choses ne vous conviennent pas. Comme de mauvais choix faits au cours d’une folle frénésie d’achats — des chaussures qui vous font mal aux pieds, des pantalons qui n’ont jamais été à votre taille, des bijoux criards et des accessoires bon marché —, il faut simplement vous en débarrasser pour pouvoir poursuivre votre vie.
La recherche de vous-même est un voyage qui exige bien plus de foi que n’importe quel pèlerinage. De même que vous avez foi en un D.ieu que vous ne pouvez pas voir, vous devez avoir foi en votre propre âme, dont vous ne pouvez pas entendre la voix.
Car D.ieu a foi en cette âme. D.ieu a foi en vous. Une foi que vous ne pouvez concevoir.
David, le doux chantre d’Israël, chanta à D.ieu : « De Ta part, mon cœur me dit : “Cherchez mon tréfonds !” D.ieu, je recherche Ton tréfonds. »5 Pendant tout le mois qui précède Roch Hachana, puis jusqu’à Hochana Rabba, nous répétons ces paroles deux fois par jour dans nos prières.
Car c’est ce que fait votre cœur pendant ces jours. Il vous appelle : « Regarde-moi. Regarde-moi en profondeur. Sous toute la crasse, je suis noir mais beau. Je suis ce que tu es réellement et ce que tu peux véritablement devenir. »
Cherchez en cet endroit, trouvez-y votre délivrance, et vous le deviendrez.
Et vous serez surpris. Car vous découvrirez en cet endroit que D.ieu Lui-même respirait depuis toujours en vous.
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