Nos deux Saints Temples furent incendiés, et il nous est enseigné qu’ils brûlèrent assez longtemps. Le Premier Temple fut incendié le 9 Av, peu avant la tombée de la nuit, et continua de brûler pendant le 10 Av, au point que certains sages estimaient que le jeûne commémorant la destruction aurait dû être fixé au 10 Av, jour où brûla la majeure partie du Temple.1
Mais comment des Temples de pierre ont-ils pu brûler ? Étaient-ils également faits de bois ?
En réalité, il était généralement interdit de laisser du bois apparent dans la construction du Temple.2 Cela étant, seule une quantité minimale de bois était employée pour les poutres de soutien et le plafond (très élevé).3 Ainsi, bien que certaines parties du Premier Temple aient comporté des poutres de soutien en bois,4 celui-ci était spécifiquement utilisé dans la partie supérieure de l’édifice et recouvert de plâtre, ce qui l’aurait empêché de brûler.5 En outre, les murs de pierre eux-mêmes avaient, en la plupart des endroits, six coudées d’épaisseur (au moins 2,70 mètres) !6
Nous sommes loin d’être les premiers à nous demander comment le Temple a pu brûler. De fait, lorsque Cyrus donna son accord initial à la construction du Second Temple, il précisa qu’il souhaitait le voir bâti de rangées alternées de pierre et de bois (dans sa partie inférieure), précisément afin qu’il puisse être facilement incendié si l’on en venait à le souhaiter.7
Il n’en demeure pas moins que les Temples étaient principalement construits en pierre. Cela vaut tout particulièrement pour l’édifice commandité par Hérode, celui que les Romains incendièrent.
Il est vrai que certaines parties du Second Temple demeurèrent en place même après la destruction initiale et ne furent « labourées » que de nombreuses années plus tard par les Romains.8 Toutefois, cela ne répond toujours pas vraiment à notre question : qu’est-ce qui brûla si longtemps à Tichea BeAv ?9
Le Premier Temple : brûlé par une braise céleste
Commentant les versets d’Ézéchiel et de Daniel, les sages du Talmud10 et du Midrash décrivent ce qui se produisit dans les cieux lorsque vint le moment d’incendier le Saint Temple :
Le Saint béni soit-Il dit à Mikhaël, l’ange préposé au peuple juif : Mikhaël, ton peuple a péché.11
[Mikhaël] répondit : Maître de l’univers, que les gens de bien parmi eux suffisent à les sauver de la destruction.
[D.ieu] lui dit : Je les consumerai, eux et les gens de bien parmi eux [car les gens de bien ne réprimandent pas les méchants].
Aussitôt, [D.ieu s’adressa à Gabriel, comme l’indique le verset12 ] : « Il s’adressa à l’homme vêtu de lin et dit : Pénètre entre les roues, sous le chérubin, remplis tes mains de charbons ardents pris entre les chérubins et répands-les sur la ville. Et il y alla sous mes yeux. » Aussitôt : « Et le chérubin étendit sa main d’entre les chérubins vers le feu qui était entre les chérubins, en prit et le mit dans les mains de l’homme vêtu de lin, qui le reçut et sortit. »13
Le Talmud poursuit :
Rav ‘Hana bar Bizna dit au nom de Rav Chimone ‘Hassida : Si les braises ne s’étaient pas refroidies en passant de la main du chérubin à celle de Gabriel [au lieu que Gabriel les prenne directement lui-même, comme il lui avait été ordonné], il ne serait resté ni vestige ni rescapé des ennemis du peuple juif (euphémisme désignant le peuple juif lui-même).
Ainsi, même si ce sont les Babyloniens qui mirent matériellement le feu au Premier Temple, une forme de « feu céleste » fit brûler le Temple.
Mais qu’en est-il du Second Temple ?
Entre le bois et la pierre
Certains expliquent que si les pierres brûlèrent, c’est en raison de l’une des différences essentielles entre le bois et la pierre.
Pourquoi le bois brûle-t-il, alors que la pierre ne brûle généralement pas ?
Sur le plan spirituel, c’est parce que le bois, qui pousse, possède davantage de vitalité que la pierre, qui est un objet inanimé. Étant plus « spirituel », il peut plus aisément être transformé en feu. Or, les pierres du Saint Temple étaient imprégnées d’une certaine mesure de sainteté et de vitalité spirituelle. Lorsque vint le moment de détruire le Temple, ce surcroît de vitalité leur permit de brûler.14
Quelles pierres brûlèrent ? La ruse des démons
Certains kabbalistes15 expliquent que, lorsque vint le moment d’incendier le Second Temple, des démons et des « anges destructeurs » apportèrent des pierres enflammées et de la chaux, les substituèrent aux pierres existantes du Temple et emportèrent celles-ci dans les cieux. Ainsi, bien qu’il semblât que le Temple lui-même eût été incendié, il ne fut pas brûlé par les ennemis des Juifs.
Tel est, expliquent les kabbalistes, le sens du passage suivant du Zohar :
Le Saint Temple ne brûla nullement, et les mains des nations ne lui portèrent aucune atteinte. Les anges l’élevèrent plutôt vers les cieux, tout son intérieur demeurant parfaitement intact. À sa place, ils construisirent un autre [édifice] afin d’abuser les nations et de tromper leurs yeux. C’est cet édifice qui fut détruit ici-bas, tandis que le véritable Temple fut mis en réserve là-haut !16
D.ieu déversa Sa colère sur le bois et les pierres
Bien que nous ayons expliqué comment les pierres brûlèrent, il nous faut encore comprendre pourquoi il fallait qu’elles brûlent.
Pour le comprendre, examinons certaines lois déroutantes du 9 Av. Nous ne mettons pas les téfiline et ne récitons pas la prière de Na’hem (Consolation) pendant l’office du matin. Nous attendons l’après-midi, moment où nous allégeons également certaines autres pratiques de deuil. On pourrait penser que l’après-midi du 9 Av, lorsque le Temple fut effectivement incendié, devrait être un temps de deuil accru – et pourtant, contre toute attente, nous allégeons quelque peu notre deuil. Pourquoi ?
Pour résoudre cette énigme, tournons-nous vers le Psaume 79, un hymne consacré par Assaf à la destruction du Temple. Le psaume s’ouvre par ces mots :
Cantique d’Assaf. Ô D.ieu ! Des nations ont pénétré dans Ton héritage, elles ont souillé Ton Saint Temple, elles ont réduit Jérusalem en monceaux de ruines.17
Le Midrash demande : « Un cantique d’Assaf ?! » Il aurait dû s’agir d’une élégie, d’un chant de deuil ! Le Midrash explique qu’Assaf chantait parce que :
D.ieu déversa Sa colère sur le bois et les pierres de Sa demeure et, grâce à cela, les survivants d’Israël furent épargnés, car sans cela (c’est-à-dire si Sa colère ne s’était pas abattue sur l’édifice), il ne serait resté aucun survivant parmi Israël [littéralement : les ennemis d’Israël]. Tel est le sens du verset : « L’Éternel a épuisé Sa fureur, Il a déversé Son ardente colère et Il a allumé un feu dans Sion. »18
Ainsi, D.ieu incendia spécifiquement l’édifice du Temple afin de sauver les survivants du peuple juif.19 Ainsi, le 9 Av, nous pleurons la destruction, mais nous célébrons le fait que, même au plus fort de la colère de D.ieu, Il la dirigea vers les pierres du Temple.20
Nous prions pour le jour où le Temple sera enfin reconstruit – puisse-t-il l’être très prochainement, de nos jours !
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