Le puits de Myriam (Beérah chel Myriam) désigne la source qui fournit miraculeusement de l’eau aux Israélites et les accompagna durant les 40 années où ils voyagèrent dans le désert.

Pourquoi ce puits porte-t-il le nom de Myriam ? Et qu’est-il advenu du puits de Myriam après l’entrée des Juifs en Terre d’Israël ?

Le mérite de Myriam

Vers la fin du séjour des Israélites dans le désert, le verset nous dit : « Toute l’assemblée des enfants d’Israël arriva au désert de Tsine au premier mois, et le peuple s’établit à Kadech. Myriam mourut là et y fut ensevelie. L’assemblée n’avait pas d’eau ; ils s’assemblèrent donc contre Moïse et Aaron. »1

De la juxtaposition de la mort de Myriam et du manque d’eau, les sages du Talmud comprennent que, durant les quarante années précédentes, ils avaient bien disposé d’une source d’eau, et que celle-ci leur était accordée par le mérite de Myriam.2

En fait, le Talmud explique que les trois « dons » que les Juifs eurent dans le désert – le puits d’eau, la colonne de nuées et la manne – furent accordés par le mérite de Myriam, Aaron et Moïse, respectivement.3

Quel est donc le lien entre Myriam et l’eau ?

Le Zohar explique que Myriam se tint près des eaux du Nil et veilla sur son petit frère Moïse afin de s’assurer qu’il serait en sécurité.4 Le Midrash relie le puits à la louange débordante de Myriam après l’ouverture de la mer. Comme elle manifesta une si grande reconnaissance pour un miracle qui eut lieu par l’eau, D.ieu la récompensa par de l’eau – pour laquelle le peuple juif entonna encore davantage de louanges.5

Les origines du puits de Myriam

Illustration par Sefira Lightstone
Illustration par Sefira Lightstone

Bien que le puits ait donné de l’eau par le mérite de Myriam, la Michna le compte parmi les dix choses singulières créées au crépuscule de la veille du premier Chabbat après la Création.6

Selon le Midrash, le « puits » était en réalité un rocher ayant la forme d’un tamis. Il roulait avec eux tout au long de leurs voyages et, lorsqu’ils s’arrêtaient, le rocher s’enfonçait profondément dans le sable. Les chefs des tribus venaient se tenir près de lui et disaient : « Monte, ô puits », et il montait.7 Certains commentateurs expliquent que le rocher lui-même ne roulait pas réellement avec eux ; c’est plutôt le courant d’eau provenant du rocher qui jaillissait à leur nouvel emplacement.8

C’est de ce rocher que Moïse fit jaillir de l’eau la première fois, lorsque le peuple juif se plaignit du manque d’eau (dans l’Exode), et c’est ce même rocher qu’après la mort de Myriam, Moïse frappa afin d’en faire jaillir de l’eau une nouvelle fois (dans les Nombres).

Le chant du puits

Illustration par Sefira Lightstone
Illustration par Sefira Lightstone

Dans les versets qui relatent les voyages du peuple juif, nous trouvons un épisode plutôt énigmatique :

Et le cours des torrents, qui s’étend vers Ar et s’appuie à la frontière de Moav. De là, vers le puits ; c’est le puits au sujet duquel l’Éternel dit à Moïse : « Rassemble le peuple, et Je lui donnerai de l’eau. »

Alors Israël chanta ce chant :

« Monte, ô puits, chantez à son sujet ! Un puits creusé par des princes, taillé par les nobles du peuple, avec le législateur, par leurs bâtons ; et du désert, un don.
Du don, aux torrents, et des torrents aux hauteurs.
Des hauteurs à la vallée dans le champ de Moav, au sommet du pic, qui domine les étendues désertiques. »9

Les sages expliquent que le puits mentionné dans ce chant est le puits de Myriam, et que ce chant fut entonné en raison d’un miracle qui se produisit avec le puits.

Les Amoréens, sachant que le peuple juif devrait passer par la vallée, rassemblèrent une grande armée. Certains d’entre eux se cachèrent dans les nombreuses cavernes situées sur les flancs de la montagne, tandis qu’un autre groupe attendait le peuple juif dans la vallée en contrebas, espérant prendre les Juifs par surprise, d’en haut et d’en bas, lorsqu’ils passeraient dans la vallée.

D.ieu, cependant, fit en sorte que le peuple ne descende pas du tout dans la vallée, mais demeure au-dessus. Il ordonna alors aux montagnes des deux côtés de la vallée de se rapprocher, et les saillies d’une montagne pénétrèrent dans les cavernes de l’autre, écrasant tous les Amoréens qui s’y étaient cachés.

Puis l’eau du puits s’écoula à travers la vallée et, gagnant en puissance, détruisit tous les hommes qui s’y trouvaient, à l’instar des Égyptiens qui furent détruits par la mer. En fait, la Torah compare ces deux événements lorsqu’elle relate les hauts faits accomplis par D.ieu en faveur du peuple juif.10

Comme le peuple juif était passé au-dessus des montagnes, il n’avait pas conscience de tous ces miracles. Aussi D.ieu dit-Il : « Je vais faire savoir combien d’ennemis J’ai détruits pour eux ! » Ainsi, Il envoya l’eau du puits dans les cavernes afin qu’elle en emporte tous les membres au-dehors. Lorsque le peuple juif vit l’eau du puits charrier des membres, il prit conscience du grand miracle que D.ieu avait accompli pour eux, et il éclata en chant.11

Qu’est-il advenu du puits de Myriam ?

Tibériade s’étend au bord des plages de galets du Kinneret.
Tibériade s’étend au bord des plages de galets du Kinneret.

Selon une tradition rapportée dans le Talmud, une fois Moïse disparu, le puits (avec les Nuées de Gloire et la manne) « disparut ».12 Ailleurs, le Talmud nous dit que « celui qui veut voir le puits de Myriam, qui accompagna le peuple juif tout au long de son séjour dans le désert, doit faire ceci : qu’il monte au sommet du mont Carmel et regarde [vers la mer Méditerranée], et il verra dans la mer un rocher qui ressemble à un tamis, et c’est là le puits de Myriam. »13

Cependant, d’autres sources situent le puits de Myriam dans la mer de Galilée (également connue sous le nom de Kinéret ou lac de Tibériade). Selon les termes du Midrash :

Il arriva qu’un homme atteint d’une maladie de peau descendit s’immerger dans la mer de Tibériade. Le puits de Myriam lui apparut et il fut guéri. Où peut-on le trouver ? Rav ‘Hiya bar Abba dit : « Il est écrit : “Et il regarde la face du Yechimone” (litt. “désert”).14 Quiconque monte sur la montagne du Yechimone verra, dans la mer de Tibériade, quelque chose qui ressemble à un petit tamis, et c’est là le puits de Myriam. »15

Rav ‘Haïm Vital, le principal disciple de Rabbi Its’hak Louria, le Arizal, donne un emplacement plus précis pour le puits de Myriam : « Lorsque vous marchez le long du rivage de la mer de Tibériade en direction des sources chaudes de Tibériade, exactement à mi-chemin, en un lieu où poussent de nombreux palmiers au bord de la mer, parallèlement à la tour qui se trouve au sommet de la montagne, c’est là que se trouve le puits de Myriam. »16

Boire de l’eau du puits après Chabbat

Illustration par Sefira Lightstone
Illustration par Sefira Lightstone

Il existe un ancien usage de puiser et de boire, après Chabbat, de l’eau d’un puits ou d’une source naturelle. Cela se fonde sur l’enseignement des sages selon lequel les eaux du puits de Myriam traversent tous les puits et toutes les sources naturelles chaque samedi soir, et « quiconque rencontre ces eaux et en boit sera immédiatement guéri de toutes ses affections. C’est pourquoi on a l’habitude de puiser de l’eau chaque samedi soir, car peut-être rencontrera-t-on le puits de Myriam. »17

Bien que nous ayons parlé du puits spécifiquement comme étant par le mérite de Myriam, en vérité, nos sages nous enseignent que la sortie d’Égypte elle-même eut lieu par le mérite des femmes justes, au premier rang desquelles se trouvait Myriam. Et la Délivrance finale viendra de même par le mérite des femmes justes – puisse-t-elle advenir rapidement, de nos jours !