Par la grâce de D.ieu
Roch ‘Hodech Sivan 5735 [11 mai 1975]
Brooklyn, N.Y.
Mademoiselle […]
Bénédiction et salutation :
En réponse à votre lettre du 17 Iyar, dans laquelle vous m’interrogez sur la signification du billet d’un dollar que vous avez reçu dans le cadre de la Campagne d’allumage des bougies :
De nombreux aspects entrent en jeu, en vérité, mais je dois me borner ici à un ou deux. Quelques mots, toutefois, pour amener le sujet.
Comme vous le savez, il est ordonné aux Juifs de se souvenir et d’accomplir toutes les Mitsvot de notre Torah, Torat ‘Haïm (le guide pratique de notre vie quotidienne). Mais il y a certaines Mitsvot que la Torah souligne tout particulièrement par le commandement זכור — « Souviens-toi ! ». On en trouve un exemple bien connu dans les Dix Commandements : « Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. » Il en va de même du commandement de se souvenir, chaque jour de l’année, de Yetsiat Mitsraïm [la Sortie d’Égypte], et il en va de même pour d’autres commandements. Le plus important de tous ces rappels est celui du jour où nous reçûmes la Torah au mont Sinaï — jour que nous célébrerons prochainement à Chavouot : « Prends garde de ne pas oublier les choses que tes yeux ont vues, le jour où tu te tenais devant l’Éternel ton D.ieu au ‘Horev (Sinaï). »
On comprend aisément pourquoi la Torah nous ordonne de nous souvenir de ces événements si importants : le Juif vit dans un monde agité par toutes sortes de préoccupations matérielles, qui détournent son attention des choses véritablement importantes et éternelles. Et nous parlons, bien entendu, même de choses « casher » : manger, boire, s’occuper de ses affaires, et ainsi de suite — le tout en conformité avec le Choul’hane Aroukh [Code de loi juive]. Or ces occupations remplissent inévitablement la majeure partie de nos journées — jour après jour, de manière routinière. Et l’on risque alors de s’y absorber au point d’oublier les choses très importantes et essentielles que la Torah veut précisément nous faire garder à l’esprit.
L’expérience commune l’enseigne d’ailleurs : lorsque l’on tient à ne pas oublier certaines choses, on prend toutes sortes de dispositions pour s’en souvenir.
Voilà pourquoi la Torah nous a donné certaines Mitsvot qui, outre tout ce qu’elles signifient par ailleurs, font office de « rappels » remarquables. Là encore, pour citer un exemple connu, la Mézouza — outre toutes ses autres significations — rappelle au Juif, lorsqu’il quitte sa maison et y revient, que D.ieu, qui est notre vie même et notre force, est Un, etc., comme [il est inscrit] dans le passage du Chéma qu’elle contient. De même, en nous levant le matin, nous récitons une prière où nous déclarons que notre âme — que D.ieu nous restitue chaque matin — est pure, etc. Nombreuses sont ainsi les Mitsvot qui nous aident constamment à nous souvenir de notre véritable but dans la vie : servir D.ieu en toutes nos voies. Certaines servent de rappel à tous les Juifs, puisque tous les Juifs sont égaux quant à l’observance de ces Mitsvot. Mais il existe aussi des Mitsvot qui ne concernent que certains groupes, comme les Cohanim. À chacun correspondent alors des rappels qui lui sont propres.
Nous voici amenés au sujet de votre lettre.
L’une des Mitsvot les plus importantes et les plus belles est l’allumage des bougies avant Chabbat et Yom Tov [les fêtes juives] — privilège particulier confié aux femmes juives, mères et filles, de l’accomplir non seulement pour elles-mêmes, mais pour toute la famille et tout le foyer. À l’évidence, tous les membres du foyer bénéficient de la lumière des bougies, qui éclaire la demeure comme la table autour de laquelle la famille se réunit pour le repas de Chabbat et de Yom Tov.
L’importance de cette Mitsva [précepte divin] dépasse le simple fait d’éclairer le foyer au sens matériel : elle l’illumine aussi spirituellement, conformément au texte de la bénédiction récitée avant l’allumage — « … qui nous a sanctifiés par Ses commandements ». Il est donc des plus souhaitables qu’une Mitsva aussi importante soit assortie d’un « rappel » particulier, qui en fasse davantage ressortir la signification profonde. Bien des choses pourraient servir de rappel de cette Mitsva. Le rappel le plus approprié serait celui qui, sans être trop encombrant, exprimerait en même temps la portée d’une Mitsva aussi grande que l’allumage des bougies. La manière la plus appropriée est donc de l’associer à l’argent, puisque l’argent est le moyen par lequel on accomplit la Mitsva de Tsédaka. Or celle-ci est une Mitsva particulièrement grande : celui qui donne aurait pu employer cet argent à ses propres besoins ; il le donne pourtant à une personne dans le besoin, sans chercher son propre avantage — accomplissant ainsi, comme nos Sages l’ont souligné, un acte qui sauve des vies.
Le lien particulier entre la Tsédaka et l’allumage des bougies avant Chabbat et Yom Tov tient au fait que, comme le rapportent nos Sages, l’allumage des bougies constitue une réparation de la faute commise par la première femme, mère de toute l’humanité, à savoir ‘Hava (Ève), qui causa l’extinction de « la bougie de D.ieu qui est l’âme de l’homme » — c’est-à-dire celle d’Adam — lorsqu’elle commit le péché de manger du fruit défendu. En allumant les bougies, la mère ou la fille juive répare l’acte par lequel cette « bougie » fut éteinte. Il convient donc tout particulièrement d’associer l’allumage des bougies à la Tsédaka, car celle-ci, elle aussi, est un acte qui sauve des vies, comme il a été dit plus haut.
Telle est donc, brièvement, l’une des significations de la pièce de dix cents ou du billet d’un dollar qui accompagnait la Campagne d’allumage des bougies, et qui est destiné à la Tsédaka. Si l’on souhaite conserver cette pièce ou ce billet précis en souvenir, il convient de donner à la Tsédaka un montant équivalent à sa place. Tout cela vise à attirer l’attention sur l’importance de l’allumage des bougies et à la mettre en relief, tant pour celle qui les allume que pour l’ensemble du foyer juif.
Puisse D.ieu vous accorder d’accomplir cette grande Mitsva dans la joie et l’inspiration. Et puisque le grand principe de notre Torah est Véahavta lereakha kamokha [Tu aimeras ton prochain comme toi-même], vous saurez sans doute user de votre bonne influence auprès de vos amies et voisines, pour qu’elles observent elles aussi cette grande Mitsva de la même manière.
À l’approche de Chavouot, la fête de Matane Torah [le don de la Torah], j’adresse à vous-même et à toute votre famille mes vœux pour un Yom Tov joyeux et inspirant, ainsi que la bénédiction traditionnelle de recevoir la Torah avec joie et intériorité. Puissent la joie et l’inspiration de ce grand Yom Tov vous accompagner tout au long de l’année.
Avec ma bénédiction,
M. Schneerson
P.S. À ce propos, je tiens à souligner un point très important : aussi importants que soient cette pièce de dix cents et ce billet d’un dollar, ils n’en demeurent pas moins Mouktsé, et il ne faut pas y toucher pendant Chabbat et Yom Tov, comme tout autre argent.
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