L’expression signifie littéralement une « maison de loi » : le beth din (également appelé beis din) désigne un tribunal juif. L’obligation d’établir des tribunaux a été donnée par D.ieu dans le verset : « Tu établiras des juges et des officiers à toutes tes portes. »1
Dans l’Israël antique, il existait un réseau complexe de tribunaux. Une haute cour — appelée le beth din hagadol, la « grande maison de loi » — composée de 71 sages siégeait à Jérusalem, sur le mont du Temple. L’origine de cette cour remonte à Moïse lui-même, qui avait appelé 70 anciens à se joindre à lui pour guider la nation, ce qui portait leur nombre total à 71 anciens.2 Dans les générations suivantes, le sage le plus éminent de la cour, appelé le nassi, assuma la fonction précédemment exercée par Moïse. Cette cour avait autorité finale sur toutes les questions juridiques.
On trouvait également plusieurs tribunaux de 23 juges, qui siégeaient dans les grandes villes d’Israël. À l’image de la grande cour, ces tribunaux étaient habilités à trancher les affaires financières, ainsi qu’à infliger des peines corporelles et capitales.
Dans les petites communautés — comptant moins de 120 hommes majeurs — il existait des tribunaux composés de seulement trois juges (ou plus, à condition que le nombre reste impair), mais ils n’étaient pas autorisés à infliger des peines corporelles ou capitales.
Il faut souligner que l’application de la peine de mort était extrêmement rare. Les sages du Talmud déclarent que tout tribunal qui procéderait à une exécution ne serait-ce qu’une fois tous les sept ans — ou, selon une autre tradition, une fois tous les soixante-dix ans — était alors considéré comme « meurtrier ».3
En savoir plus sur le Sanhédrine : le système judiciaire juif.
Qui nommer ?
Outre le fait d’être sage et humble, craignant D.ieu, méprisant l’argent, aimant la vérité, apprécié et jouissant d’une bonne réputation,4 chaque membre d’un beth din devait recevoir une autorisation formelle à statuer.
Cette autorisation, appelée semikha, ne pouvait être conférée en Terre d’Israël que par une personne ayant elle-même reçu la semikha. Il existait ainsi une chaîne ininterrompue d’autorité remontant jusqu’à Moïse. Seule une personne investie de la semikha recevait le titre de « rabbin ».
Cette évolution posa rapidement un problème. Les persécutions en Terre d’Israël empêchèrent les sages de conférer la semikha, et, tandis que le centre de gravité du judaïsme se déplaçait vers Babylone, la semikha authentique finit par disparaître.
Le terme « rabbin » est encore utilisé aujourd’hui dans l’ordination rabbinique, mais il n’a plus le poids qu’il avait autrefois. C’est pourquoi le beth din contemporain ne dispose pas de l’autorité pleine nécessaire pour fonctionner comme les tribunaux d’antan. Même s’ils le souhaitaient eux-mêmes, ils ne pourraient pas infliger de peines5 ni imposer certaines amendes prescrites par la Torah.
Les tribunaux aujourd’hui
Malgré ces restrictions, le beth din conserve une fonction essentielle. Il tranche les différends entre des particuliers, procède aux conversions au judaïsme, supervise les divorces et fournit des orientations à la communauté. Les rabbins de la cour supervisent souvent des restaurants et des usines locales, certifiant le caractère casher des aliments qui y sont produits.
(Il arrive qu’un tribunal ad hoc soit constitué afin de régler un litige précis. Chaque partie choisit un juge qu’elle estime digne de confiance, et les deux juges en choisissent un troisième pour les rejoindre. Cela s’appelle un zabla, acronyme des mots hébraïques zé borer lo e’had, « celui-ci en choisit un pour lui-même [et celui-là en choisit un pour lui-même] ». Avant l’ouverture de l’arbitrage, chaque partie accepte de se soumettre à la décision du tribunal.)
Termes courants
Voici quelques termes courants que l’on rencontre lorsqu’on interagit avec un beth din :
Dayane : Juge. Ce titre s’applique à tous les membres du beth din. Dans certains pays (comme au Royaume-Uni), il est utilisé avant le nom du juge. Ainsi, au lieu de dire « le rabbin Goldstein », on l’appellera « Dayane Goldstein ».
Av Beth Din : Chef du Beth Din. Il s’agit du titre donné au membre le plus éminent du tribunal, qui joue un rôle central dans la prise de décision.
Beth Din Shtiebel : « Shtiebel » est un terme yiddish signifiant « petite maison ». Dans les communautés de langue yiddish, il désigne ainsi les locaux du tribunal.
Hazmana : Convocation émise par le beth din pour une audience.
To’en : Avocat. Un to’en peut être sollicité pour aider une personne à présenter son dossier devant le beth din.
Guett : Littéralement « document ». Il s’agit de l’acte de divorce rédigé selon des règles précises, seul moyen de mettre fin à un mariage entre deux époux juifs vivants.
Guérout ou Guiyour : Conversion. Ce terme peut désigner le processus par lequel une personne devient juive (ou la section du beth din chargée de superviser cette fonction essentielle).
Din Torah : Droit de la Torah. Cette expression en est venue à désigner une affaire judiciaire portée devant un beth din. Ainsi, une personne peut dire qu’elle convoque une autre à un din Torah.
Psak : Décision. Ce terme désigne le jugement final rendu par le beth din. Il peut également s’appliquer à une orientation donnée par un rabbin hautement qualifié consulté sur une question particulière.
Quelques réflexions finales :
Il arrive que le travail du beth din confronte ses membres à des situations de conflit, de familles brisées et de malhonnêteté. Et pourtant, leur mission demeure essentielle pour instaurer la paix au sein de la communauté. Ainsi, selon l’enseignement du Talmud, un juge qui juge avec honnêteté et équité est considéré comme un partenaire de D.ieu dans la création du monde.6 D.ieu crée le monde, et les juges en font un lieu habitable, saint et empreint de divinité.
Lorsque deux plaideurs comparaissent devant le beth din, ils se sentent souvent contrariés, lésés, voire frustrés. Même les juges les plus sages auront du mal à satisfaire pleinement les deux parties. Pourtant, nos sages enseignent que, lorsque les plaideurs repartent en ayant accepté le jugement qui leur a été rendu, ils doivent tous deux être considérés comme pleinement justes.7
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